TEXTE 12 : Séance n°4 : le monologue de Clindor
acte IV scène 7Rappel : Adraste et Clindor ont eu une altercation, Clindor est mis en prison et attend son exécution.
Plan : I/ Mise en texte d’un rouage dramatique
a) un monologue habité
b) une tribune politique : duels et peine de mort
II/ L’effet produit par le monologue
a) le registre dramatique dans la comédie
b) b)le lyrisme
Développement
I/ Mise en texte d’un rouage dramatique : a) un monologue habitéAu théâtre les comédiens doivent capter l’attention des spectateurs grâce à leurs jeux de scène (éloquence, gestuelle...) et les auteurs doivent faire de même ainsi, ici, Corneille fait apparaître Clindor avec une voix plurielle : la sienne et celles d’autres personnages.
Ces autres personnages apparaissent grâce à l’évocation de souvenirs notamment : « Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme, / Dissipes ces terreurs et rassures moi âme ! / Aussitôt que je pense à tes divins attraits, / Je vois évanouir ces infâmes portraits. »
Par la pensée Isabelle st présente sur scène grâce au discours de Clindor. Elle est présente au début (ouverture) et à la fin (fermeture) cf : esthétique baroque avec opposition entre l’amour et la mort.
On retrouve le thème du souvenir au début du monologue : « aimables souvenirs » ainsi ce monologue devient un dialogue entre les souvenirs du condamné, Isabelle et le bourreau.
Clindor se parle à lui même ce qui l’illustration même du monologue, par exemple : »Hélas que je me flatte et que j’ai d’artifices », « Dont le fatal amour me rend si glorieux » avec l’utilisation de pronoms personnels et réfléchis de la 1ère personne (du singulier).
On peut voir aussi des projections dans l’avenir étrangement rapportées puisqu’elles sont exprimées au présent de l’indicatif : « Je vois de mon trépas le honteux appareil, / j’en ai devant les yeux les funestes ministres ; / On me lit du sénat les mandements sinistres ; / Je sors les fers aux pieds, j’entends déjà le bruit / De l’amas insolent d’un peuple qui me suit ; » ici, Clindor imagine une véritable répétition de son exécution.
A la fin de la scène Clindor s’adresse à un nouveau personnage : le geôlier « Mais d’où vient que de nuit on ouvre ma prison ? / Ami, que viens-tu faire ici hors de saison ? »
On en conclut que les interlocuteurs multiples et imaginaires dans un monologue permettent de le rendre vivant et moins artificiel.
b) une tribune politique : le problème des duels et de la peine de mortEn France au XVIIème siècle la peine de mort est déjà un sujet d’actualité : est-elle légale ? dans un cadre religieux peut-on autoriser l’Homme à faire justice lui-même ? (tâche qui devrait revenir à Dieu – société de l’époque très marquée par la religion catholique)
Les nobles se battent en duel pour défendre leur honneur jusqu’au XIXème siècle où cette valeur tombe en désuétude car le nombre de nobles en cesse de diminuer. La pratique des duels faisant chuter le nombre de nobles en France le roi décide de les interdire et de les punir par la peine de mort. Tous ceux qui seront surpris en plein duel se verront condamner de la peine capitale : le roi mène ici une politique de dissuasion. Dans le monologue de Clindor Corneille aborde ces problèmes.
« Il succomba vivant et, mort, il m’assassine » ici nous avons un
chiasme ( construction qui s’inverse , ici autour de « et ») qui met en valeur le verbe assassiner en fin de vers. Le chiasme est un figure de style qui se rapporte à l’antithèse. On sait par ailleurs que la mise en valeur d’un terme passe par son placement en fin ou début de vers et à la césure ce qui renforce l’
hyperbole du terme « assassine » puisqu’ici cette dénomination est excessive car elle désigne un crime extrême.
« Demain, de mon courage, ils doivent faire un crime, » montre que Clindor se défend contre les accusations : il n’a pas tué Adraste, il rend un jugement féroce et condamne fortement la peine de mort.
Nous avons vu précédemment que l’évocation de son exécution se fait au présent, ainsi la scène paraît presque vivante aux yeux du spectateur, cela la rend pathétique.
« Son nom fait contre moi ce que n’a plus son bras » est une
métonymie (figure de style qui consiste à désigner une partie de la personne pour évoquer le tout) où on ne cite d’Adraste que le « nom » et « son bras », c’est une façon de le dévaloriser en ne le citant que partiellement.
Cet exemple de la rigueur politique de Richelieu (relative à la peine de mort) et de l’application qu’il fait de la loi sur les duels fait du théâtre une tribune politique. Le problème déborde de la pièce grâce à la double énonciation, c’est un appel à richelieu afin qu’il assouplisse ses lois. La scène est placée dans le registre pathétique pour toucher le spectateur mais aussi les responsables au pouvoir.
II/L’effet produit par le monologuea) le registre dramatique dans la comédieLe registre dramatique permet des rebondissement, l’angoisse du spectateur. Ce registre lié à la scène permet une plus grande capacité à se réjouir ou à rire. On peut noter la présence du
champs lexical de la peur : « horreur », « effroi » etc. , de la mort : « infâme supplice » « rigueur du sort », « trépas », « noire couleur », « criminel », « ma mort », « je meurs » rappelé 3 fois etc. et le champs lexical de l’angoisse : « malheur », « mon âme interdite » etc.
On retrouve aussi des
hyperboles « Soyez moi plus fidèle que les rigueurs du sort ne se montrent cruelles », « témérité », « sévérité », « ma fortune incapable » qui sont là pour dramatiser la comédie.
b) le lyrismeL’art lyrique est à l’origine un art dramatique chanté. Le lyrisme est une plainte de la souffrance, il provoque l’émotion extrême du lecteur. Le pathétique lui, demande un partage voire une implication du lecteur dans la peine exprimée. Le lyrisme est seulement une expression de la souffrance.
Dans ce monologue on peut voir la souffrance d’un personnage face :
- aux us et coutumes de la société : peine de mort, duels,
- à l’amour : un valet ne peut épouser une jeune femme de haut rang ,
- à la loi de Richelieu qui est extrêmement stricte (peine de mort).
Le registre lyrique est visible aussi avec les
hyperboles : « l’horreur d’un supplice », « délice / supplice », « supplices infâmes », « mille assassins », « perfidies », « passion » etc.
La projection dans l’avenir faite par Clindor et de son exécution au présent dramatise la situation. Elle fait croire au lecteur que la situation est réelle et met en avant l’émotion du personnage. Le spectateur est déjà présent à l’exécution et souffre avec Clindor, l’implication du lecteur est plus forte.
CONCLUSION : Le monologue est un moment difficile au théâtre tant pour le spectateur que pour l’auteur et le comédien. Le monologue est un texte long au cours duquel le comédien et l’auteur doivent maintenir l’intérêt du spectateur. C’est aussi un moment d’introspection dans lequel le personnage revient sur le passé, s’interroge quant à l’avenir et se questionne quant à son ressenti.
On peut dire qu’ici Corneille a réussi son pari avec le monologue. C’est un moment de tensions entre l’évasion prévue de Clindor et se mise en acte.