SEQUENCE N°4 : PRESENCE DU POETE AU MONDETextes étudiés en commentaire : Les fleurs du mal : « Les Correspondances », BAUDELAIRE /
Le Musée Grévin, ARAGON /
Les Orientales « L’enfant », HUGO /
Fables : « Les animaux malades de la peste, La Fontaine
Introduction au texte Correspondances + séquence :Ici, le mot « correspondances » ne désigne par des lettres mais des comparaisons, des images faites entre les sens par exemple « Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants ». Ici il y a une comparaison entre l’odorat et le toucher comme avec le hautbois et les prairies, dans ce texte on mêle tous les sens et les interprétation que l’on peut en faire.
« exprimer » apparaît au XIIème siècle, ce terme vient du latin « ex » : hors et « primere » : presser. Il faut presser le monde pour en faire sortir un sens, Baudelaire explique ici les relations entre les choses, leur sens…
INTRODUCTION :Nous avons encore des doutes quant à la date de publication du poème (1845-1855). Il figure dans les trois premières éditions des
Fleurs du Mal 1857, 1861, 1868. Il constitue la pièce 4 de « Spleen et Idéal », il a pu être considéré comme une sorte d’art poétique où Baudelaire exprimerait sa vision du monde.
Les idées développées dans le texte rejoignent celles de Platon sur
Le Monde Des Idées (notre monde n’est qu’un pâle reflet de la réalité que seuls certains êtres suprasensibles comme les artistes peuvent voir). Ils considèrent qu’il existe deux mondes : l’un dans lequel nous, le commun des mortels, ne voyons qu’un reflet de la réalité, et un second monde dans lequel des êtres ayant une vision décuplée et profonde sont capables de discerner le monde des Idées, le « vrai monde ».
Cette thèse est reprise par d’autres écrivains avant Baudelaire : Pythagore, Balzac, Edgar Poe dans les
Nouvelles Histoires Extraordinaires, Victor Hugo dans
les Contemplations, Nerval avec
Les Vers dorés et Arthur Rimbaud dans les
Voyelles. Ce thème est toujours travaillé par les poètes et écrivains d’aujourd’hui.
L’originalité de Baudelaire tient au fait qu’il insiste sur le 3ème groupe de Correspondances. Le poème se présente comme une explication et une illustration de son titre. Baudelaire y évoque une vision du monde où tout se correspond : les différentes sensations, ce qui est perçu et ce qui peuple notre imagination. Ainsi notre monde visible correspond à un arrière monde.
Dans ce texte les
quatrains ont un rôle explicatif et les
tercets servent d’illustration.
-->L’
alexandrin est une forme versifiée considérée comme la plus compliquée, abouti et belle. Ici les alexandrins sont coupés en deux par une césure ce qui créé deux hémistiches.
-->Dans un poème il est important d’étudier la
prosodie càd la manière dont le texte est construit à travers les rimes notamment. On peut relever différents types de rimes : embrassées (abba), croisées (abab), suivies (efe) et on peut voir des résonnances entre les tercets (fgg). Il convient de regarder la qualité de la rime : elle est riche si 3 sons correspondent(piliers/familiers), suffisante si 2 sons se correspondent (paroles/symboles) et pauvre (prairies/infinies).
-->Le « e » muet à la fin d’un mot : il n’est pas prononcé à la fin d’un mot sauf s’il y a une consonne au mot suivant ou une ponctuation forte qui suit. On le prononce également si le mot est au pluriel et qu’il y a liaison avec le mot suivant : « choses infinies ». Il n’est pas prononcé s’il est suivi par un mot commençant par une voyelle ou à la fin d’un vers non ponctué.
-->Les
diérèses comme au vers 12 : « expansion » où le « i » est prononcé deux fois.
-->
Différents types de correspondances : - Monde que nous percevons/arrière monde (des idées) : L’univers est structuré comme un symbole càd qu’il comporte deux éléments entre lesquels il existe des analogies. Seul l’aspect concret nous est perceptible, on parle de correspondances verticales car il y a correspondance entre le Ciel et la Terre.
- Sensations issues des différents organes des sens : sons, odeurs, couleurs, sensations tactiles ou gustatives=
synesthésie. On parle alors de correspondances horizontales parce qu’elles n’existent que dans le monde que nous sommes capables de percevoir.
- Sensations et notions morales : correspondance horizontale, il en existe entre les notions morales et de simples sensations comme dans la corruption ou le triomphe au vers 11 : « - Et d’autres, corrompus, riches et triomphants »
-->Structure du texte : correspondance entre le monde visible et invisible dans la 1ère strophe, partiellement dans la 2de où elle est mêlée aux synesthésies. Dans la dernière strophe on peut voir une correspondance entre des sensations et des notions morales à partir du vers 11 et durant le 2ème tercet.
I/ Une possibilité de décryptage a) monde spirituel/monde réelIl existe dans ce poème comme chez Platon un monde spirituel qui correspond à notre monde matériel mais qui échappe à nos regards. Il y aune analogie entre ce qui frappe nos sens et ce qui nous est caché. La frontière entre ces deux mondes est perméable comme par exemple aux vers 1 et 2. « confuses » implique un mystère mais ne signifie pas que les paroles des « vivants piliers » sont incompréhensibles, de même au vers 6 où « ténébreuse » indique qu’il est possible de décrypter un certain nombre d’information.
b) Homme et natureNotons aussi que la Nature montre à l’égard de l’Homme une certaine bienveillance par exemple au ver 2 « laissent parfois sortir » et vers 4 « des regards familiers ». Cela marque un renversement par rapport aux prédécesseurs de Baudelaire pour qui l’Homme devait scruter les symboles et s’efforcer de les interpréter. Ici c’est la nature elle même qui se donne à lire. A la fin du poème l’Homme en revanche semble doué de la capacité à s’élever au-dessus du quotidien et devient donc apte à décrypter le monde spirituel.
II / une dynamique du parfuma) le parfum comme point de départLe parfum, l’odeur est une sensation d’autant plus subjective qu’il est impalpable, difficile à circonscrire. Le texte parle de sensations relatives au toucher au vers 9 « chairs d’enfants », à l’ouïe au vers10 « les hautbois », à la vue au vers 10 « verts comme les prairies ». Notons que le sens du goût est absent de ce texte.
b)classement Au vers 11 nous relevons une
gradation (« -Et d’autres, corrompus, riches et triomphants »), ces 3 adjectifs s’opposent à 3 autres adjectifs caractérisant les parfums : un 1er groupe avec « frais » au vers 9 et un second avec « doux » et « verts » au vers10. L’opposition entre les deux groupes de parfums est articulée par « Et d’autres » au début du vers 11, cette articulation est renforcée par le tiret au début du vers. Ils appartiennent en fait à deux groupes de correspondances différentes.
Le 1er : « frais » et « doux » regroupe les parfums qui suscitent des associations avec d’autres sensations. Le 2nd : « corrompus, riches et triomphants » concerne des associations avec des valeurs morales, ils font naître un véritable univers imaginaire. Ils montrent eux-mêmes un passage de l’idée de pourriture (« corrompus ») à une idée de splendeur (« riches ») et enfin de domination (« triomphants »).
III/ Le travail du poètea) le poète fait voirUne métaphore est filée sur tout le 1er quatrain entre le forêt et le temple, elle permet de créer une atmosphère mystérieuse et religieuse. La Nature est présentée sous la forme d’une forêt sacrée où les arbres sont comparés à des piliers, elle est assimilée à un temple, lieu des cultes primitifs, endroit où l’on est en contact avec le monde divin.
Les comparaisons didactiques (didactique : qui sert à expliquer) aux vers 7, 9, 10, 13 utilisent toutes « comme ». Elles font voir plus qu’elles n’expriment et donnent à la lecture l’impression d’un martèlement. On peut noter qu’elles sont en parfaite adéquation avec le ton didactique d’un maître à penser.
b) le poète fait entendreLe poème agit directement sur son lecteur par des effets sonores. Nous avons ainsi au vers 12 une utilisation expressive de la diérèse, la construction du vers exige une prononciation anormale du mot « expansion » (4 syllabes au lieu de 3). Le procédé est expressif car il insiste sur un mot primordial dans le texte : la nature comme temple est infinie.
NB : Il convient de relever et d’interpréter les assonances (retour d’un son voyelle) et les allitérations (retour d’un son consonne). Par ailleurs on notera la présence de la
rime normande (rime sur l’orthographe mais pas sur la sonorité des mots en fin de vers) entre « encens/sens » aux vers 13 et 14.
c) la parole du maîtreAucune interrogation ou exclamation ne vient traduire une hésitation ou un émoi quelconque. Le texte ne contient que des phrases déclaratives, c’est la forme de discours employée pour enseigner qqch. Ici, le fait que « La Nature est un temple » instaure une nouvelle forme de religion par rapport au monde suprasensible.
CONCLUSION : Baudelaire nous présente ici le poète comme interprète des signes émanant d’un monde spirituel ou suprasensible. C’est par sa sensibilité exacerbée qu’il parvient à traduire ces symboles et à les livrer au commun des mortels.
Contrairement à l’image traditionnelle du poète maudit développée dans « L’Albatros » (voir lectures complémentaires) il est ici un élu choisi pour interpréter le monde, l’exprimer.