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 texte 10 : scène d'expo de l'illusion comique

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Floriane



Messages: 34
Date d'inscription: 17/01/2009
Age: 17

MessageSujet: texte 10 : scène d'expo de l'illusion comique   Sam 18 Avr - 21:26

texte 10 : de "mon armée ! ah traitre !" à "je suis beau quand je le veux seulement" (v.231 à 284)

Intro : Primadant est à la recherche de son fils Clindor depuis 10 ans. Du coup, il va voir Alcandre, un super sorcier, plus fort que Harry Poter. Bon, fini les plaisanteries, Alcandre lui raconte les aventures pas très orthodoxes, les déboires de son fils, et après il lui propose de lui montrer son fils et ses histoires amoureuses en direct (c'est un super sorcier, je vous l'avais dit), sous la forme d'une ILLUSION, c'est à dire un spectacle dont alcandre serait le metteur en scène

Dans l'acte II scène 1, on dit que les personnages qui vont jouer sont des "fantômes vains" (sans réalité) → toujours idée d'illusion

Clindor est le valet d'un "brave" du pays : Matamore

Développement :

Problematique : nous allons maintenant observer comment Corneille utilise les traditions théâtrales pour construire un plaidoyer en faveur du métier de comédien
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pauline



Messages: 19
Date d'inscription: 14/01/2009

MessageSujet: Re: texte 10 : scène d'expo de l'illusion comique   Sam 16 Mai - 23:07

Texte 10 : Acte II, scène 2
PLAN :
I/ Une scène de comédie traditionnelle ?
a) une intrigue amoureuse
b) b) la relation maître-valet
c) ironie et complicité avec le public

II/ Un prétexte au portrait d’un personnage : Matamore
a) la dimension épique du personnage
b) de l’épique au ridicule, au burlesque, à l’héroï-comédie et au grotesque
c) verve et maîtrise du langage : un plaidoyer en faveur du comédien

COMMENTAIRE REDIGE :

I/ Les éléments de la comédie traditionnelle
Au premier abord tous les éléments de l’exposition de la comédie traditionnelle sont présents.

a) une intrigue amoureuse

Dès la liste des personnages : Isabelle est au centre d’un trio amoureux (Matamore, Adraste, Clindor) = situation classique de la comédie traditionnelle.
Les trois rivaux sont présents dès la 2ème scène (II) : Matamore en tant que personnage central, Clindor en tant que valet puis Adraste apparaît dans un échange de réplique entre ces derniers.
Nous savons par avance qu’il va y avoir rivalité entre ces trois personnages pour obtenir le cœur et la main d’Isabelle.

b) la relation maître-valet
liste des personnages : relation maître-valet est mise à mal : Clindor est « amant » d’Isabelle. Au XVIIème siècle ce terme signifie que l’amour porté à quelqu’un est payé de retour qui diffère du terme « amoureux » attribué à Adraste.
Clindor se place donc en position de rival par rapport à Matamore, son maître, et non plus de valet. Dès lors on peut supposer que toutes les répliques de Clindor sont teintées d’ironie. Cela créé un décalage entre les deux personnages qui provoque le rire ou le sourire du spectateur. Nous entrons dans le registre comique par le biais de l’ironie.

c) l’ironie et la complicité avec le public
ironie : sert à critiquer des personnes ou des idées, à les dénoncer et en souligner l’absurdité ; quelques fois en disant le contraire de ce que l’on pense afin de mieux faire entendre son opinion.
C’est bien le cas lorsqu’on observe la plupart des répliques de Clindor, avec :
-De faux compliments : « ô dieux ! en un moment que tout vous est possible ! / je vous vois aussi beau que vous étiez terrible, / Et ne crois point d’objet si ferme en sa rigueur / Qui puisse constamment vous refuser son cœur. »
-L’invention de faux souvenirs à propos de deux sultanes qui s’échappèrent du sérail : « J’en fus mal quelques temps avec le Grand Seigneur » histoire appuyée par Clindor qui lui répond : « Son mécontentement n’allait qu’à votre honneur. »
Tout est faux :il y a un décalage entre la vantardise liée au personnages de Matamore, le sérieux de ses répliques et l’ironie permanente de Clindor d’où un amusement du spectateur (lecteur).
« Son mécontentement…honneur » : Ce type de réplique est davantage adressé à la salle qu’à l’autre personnage, c’est un lazzi (= plaisanterie).
Ainsi se créée la complicité entre le public et l’un des perso. L’aspect comique de la scène s’en voit renforcé.

Transition :
Nous savons déjà que :
- le Matamore est un type théâtral issu de la Commedia dell’arte,
- le Matamore est connu des spectateurs qui sont en attente face à lui
- la pièce est une commande de Mondory, directeur de la troupe du Marais dont elle est sensée redorer le blason.
- la pièce doit permettre au comédien Bellemore de briller sur scène dans son rôle de prédilection : le fanfaron. C’est un personnage riche de possibilités théâtrales. Le côté guerrier permet de l’inscrire dans le registre épique, registre sérieux et le côté vantard dans le registre comique. C’est ce jeu entre les deux registres qui doit montrer le talent de l’acteur et faire de son interprétation un véritable succès. Mais pour l’auteur cette exposition est aussi un prétexte pour jouer sur les modèles anciens, les adapter et se montrer virtuose.

II/Un prétexte au portrait de Matamore
Le discours guerrier et amoureux de Matamore est totalement extravagant. Nous sommes partagés entre l’épique et le comique par le biais de l’ironie, et ce dès la 1ère réplique de la scène.

a)la dimension épique du personnage
« Le foudre est mon canon , les destins mes soldats ; / Je couche d’un revers mille ennemis à bat, » : Le foudre le rapproche de Zeus et du dieu de la guerre : Mars. Le foudre est proche du feu, c’est l’un des 4 éléments de l’univers avec lesquels les chevaliers des épopées faisaient souvent alliance. Ainsi tout au long de la scène le discours de matamore est fortement marqué par le registre épique.
On y trouve 3 des procédés de l’hyperbole, figure de style la plus utilisée dans ce registre :
- marques de l’intensité et de la quantité :
« mille » : utilisation d’un adjectif numérique (« un contre mille »)
répétition de cet adjectif « mille » pour le domaine amoureux
présence du déterminant « tout » qui évoque le caractère universel
répétition de l’adverbe intensif « si »
- marques lexicales :
« invaincu » et « conquérir la terre »
- constructions rhétoriques :
« Je couche d’un revers mille ennemis à bas, / D’un souffle je réduis leurs projets en fumée, / Et tu m’oses parler cependant d’une armée ! » = paradoxes (réflexions incongrues qui vont à l’encontre des opinions généralement admises voire de la vraisemblance)
« Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine » : gradation crescendo (ascendante)
« Je ne suis plus qu’amour, que grâce, que beauté » : gradation decrescendo (descendante)
Tout cela fait du discours guerrier et amoureux de Matamore un discours extravagant dans lequel on le voit gouverner les reines et les princesses, les déesses et les dieux et même le destin dont on peut noter l’allégorie au vers : « J’envoyai le Destin dire à son Jupiter ». Sans aucun but précis, Matamore n’est pas dans l’épopée le défenseur d’un royaume ou un chevalier partant en croisade, cela crée une cassure avec le modèle ancien du registre épique et permet le passage au registre comique.

b) De l’épique, au ridicule, au burlesque, à l’héroï-comique et au grotesque
- Le ridicule : le personnage fait lui même son propre éloge, l’emploi des pronoms personnels possessifs et réfléchis de la 1ère personne est exagéré. (68 fois en 115 vers) ce qui donne un portrait totalement narcissique. Cela contribue de manière négative à l’exagération épique des exploits de matamore.

- Le burlesque : Corneille est un précurseur de ce genre littéraire très en vogue entre 1640 et 1660. Ce genre consiste en une parodie de l’épopée dénaturant par un comique grossier des personnages et des situations héroïques. Le langage y est grossier voire injurieux, les gestes grivois, les mots étaient parfois déformés ou détournés de leur sens propre.
Aujourd’hui on dit d’une situation qu’elle est burlesque alors qu’elle est extravagante.
« Mon courage invaincu contre les empereurs / N’arme que la moitié de ses moindres fureurs ; / D’un seul commandement que je fais aux trois Parques » : Matamore est au-dessus des empereurs et des dieux.
« Les reines a l’envi mendiaient mes caresses ; / Celle d’Ethiopie et celle du Japon / Dans leurs soupirs d’amour ne mêlaient que mon nom ; / De passion pour moi deux sultanes troublèrent » : les diérèses (« i » de Ethiopie) allongent le vers t insiste sur la parole envahissante de Matamore.
Il se vante de régner sur les rois, les reines, les déesses et le destin, il les abaisse à son niveau d’homme ordinaire. De plus ce sont des personnages de tragédie et lui est un perso de comédie. Il y a donc distorsion entre un genre noble (la tragédie) et un genre bas (la comédie) qui amplifie le côté burlesque de la scène.

- l’héroï-comique : procédé opposé au burlesque, un personnage ordinaire se hisse au niveau des plus grands. C’est bien le cas du personnage de Matamore qui commande et gouverne tout. « Tu n’auras plus l’honneur de voir un second Mars », il se compare à un dieu ce qui fait de se vantardise une fanfaronnade de moins en moins crédible.

- le grotesque : désigne ce qui est laid, difforme, horrible à tel point qu’il en devient comique. Dans la 2ème partie de la scène, au sujet de l’amour, Matamore devient grotesque : « Leurs persécutions me rendaient misérable », il sort de la bienséance propre au registre épique, dès qu’il s’agit de dames il tombe dans la muflerie. Il est donc grotesque car son langage quant aux femmes est malséant. On peut y voir l’échec apparent d’un portrait qui se voulait héroïque cependant le public connaît ce type de personnage et cet aspect du comique. Ce qui était attendu n’était pas un portrait, la présentation d’un personnage mais la prestation d’un comédien. Le texte de Corneille est spécialement écrit pour le comédien Bellemore, sa mise en valeur et pour établir un plaidoyer en faveur du métier de comédien.

d) Verve et maîtrise du langage : un plaidoyer en faveur du métier de comédien
Dès le début de la scène on s’aperçoit que les réactions de ce grand guerrier ne sont que verbales : réponses du tac au tac prouvant plus une aisance verbale que guerrière.
« Mon armée! ah poltron! ah traître! Pour leur mort / Tu crois donc que ce bras ne soit point assez fort! » : réplique tout en exclamation alors que dans une scène traditionnelle entre maître et valet on s’attendrait plutôt à une bastonnade.
Le discours de Matamore est un concentré de fables mythologiques. Il commande les trois Parques qui président à la vie des mortels (Nona, Decima, Morta) : « D’un seul commandement que je fais aux trois Parques »
« J’envoyai le Destin dire à son Jupiter » : il pourrait réorganiser l’Olympe en ôtant le pouvoir à Jupiter (Dieu des Dieux) et en le donnant à Mars (dieu de la guerre).
On trouve également des allégories délirantes :
« Destin » : allégorie du Destin (majuscule)
On en conclut que le personnage de Matamore est avant tout une parole en marche, rien ne l’arrête. Le texte est parfaitement construit : parallélisme dans le nombre de conquêtes amoureuses et guerrières :
A la guerre le perso seul vaut une armée, il s’attaque à l’empire d’Asie et menace de détrôner Jupiter ; on passe du domaine humain au divin ;
En amour : Matamore séduit reines, princesses, Isabelle, les déesses, Aurore ; ici on passe aussi de l’humain au divin.
Ce parallélisme est soutenu par la construction syntaxique du texte avec l’adverbe « toutefois » et « quand je veux » dans « Quand je veux j’épouvante, et quand je veux je charme » qui sont deux pivots permettant de passer du récit de guerre aux conquêtes amoureuses.
L’adverbe « toutefois » correspond au thème baroque de la métamorphose. C’est là que réside l’acte de bravoure, non pas celui d’un fanfaron guerrier et amoureux mais celui de Bellemore en tant que comédie pouvant jouer tous les jeux à la fois (bravoure, lâcheté et surtout verve nerveuse, harangue). Le perso de Matamore ainsi présenté est une métaphore du rôle de comédien.

Conclusion :
Ainsi nous pouvons dire que même si cette scène ressemble au 1er abord à une scène de comédie traditionnelle par les thèmes qu’on y retrouve (amour, relation maître-valet, ironie du valet, complicité avec le public) il apparaît finalement qu’elle est un exercice de composition pour l’auteur ainsi que pour le comédien en obligeant celui-ci à jouer en même temps dans le registre épique, comique, burlesque…La difficulté venait de ce qu’il fallait faire rire en mimant le plus grand sérieux.
Ainsi Corneille se joue de nous et nous plonge encore une fois dans l’illusion du théâtre, du mage Alcandre, de registre dont le seul effet devait être de faire admirer le talent de Bellemore qui devait véritablement se métamorphoser pour parvenir à un tel effet (cf : le baroque). Il y a aussi illusion pour montrer la virtuosité de l’auteur, il veut prouver au public et aux détracteurs du théâtre l’extrême difficulté et l’immense qualité de cet art. C’est bien là un plaidoyer en faveur du comédien, plaidoyer réussit puisque Louis XIII édicte un texte de loi sur ce métier en avril 1641.

Si vous avez des questions posez les! (avec un peu d'avance svp: pas deux semaines avant les épreuves merci Sleep )
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Hugo



Messages: 19
Date d'inscription: 15/01/2009

MessageSujet: Re: texte 10 : scène d'expo de l'illusion comique   Lun 25 Mai - 22:23

Ben 2 semaines c'est déjà beaucoup en avance !!
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texte 10 : scène d'expo de l'illusion comique

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